Qui nous sommes…

Nous avons en commun de vivre en esprits libres et de partager deux ou trois convictions que nous avons décidé de mettre le plus honnêtement possible au service de « La Bête »… Commenter et gratter ce qu’on appelle « l’actualité » là où ça la démange, en mobilisant les oeuvres et les forces de l’esprit, telle est notre visée.

Qu‘en est-il alors de « La Bête » ?

Un auteur américain, dont le texte a été retrouvé mais pas le nom, a écrit , se référant explicitement au recueil de nouvelles d’Henri James publié en 1903 et intitulé « La Bête dans la jungle » :

« Il est saisi par la croyance que sa vie serait définie par quelque catastrophe ou événement spectaculaire caché là, dans l’obscurité du futur, l’attendant … comme une bête tapie dans la jungle… »

Par delà la figure du névrosé, sous les modalités d’un narcissisme négatif (1), que cette métaphore suggère ,

suivre ce motif, c’est souscrire à l’idée que l’histoire – et partant notre histoire – comporte une irréductible, inquiétante et imprévisible dimension tragique. Il nous semble que c’est précisément à cause de cela que nous ne pouvons nous satisfaire du monde comme il va…

Qu’il dépend de chacun d’entre nous, au moyen d’ une ironie poétique et politique concrète, d’ un esprit d’invention retors, de marquer son « parti pris des choses », en résistant aux procédures, protocoles, dispositifs automatiques et autres systèmes impeccables arborant le masque de l’évidence…

Et ainsi de contribuer à affaiblir « La Bête » qui attend, tapie… derrière chaque évidence.

Sans jamais oublier qu’il tient à un fil, qu’elle – « La Bête » – ne prospère en nous, pour peu qu’une certaine vigilance « aristocratique » nous abandonne…

Tout engagement – délié contradictoirement de ce qu’on appelle communément l’intérêt – n’implique-t-il pas ce dépassement de soi  – et n’exige-t-il pas que nous pensions contre nous-mêmes, afin d’avoir une chance de prendre le meilleur… sur nous-mêmes ?

Enfin, s’appliquer le mot de Brecht :  » Il pensait dans d’autres têtes; et dans la sienne, d’autres que lui pensaient. C’est cela la vraie pensée. »

Léon Wisznia

(1) Voir le livre d’André Green : L’aventure négative, pour une lecture psychanalytique d’Henri James, Ed Hermann

P.S : l’équipe de « La Bête » tient à exprimer ses plus vifs remerciements et sa profonde gratitude à l’égard de Sabine Ienciu, administratrice du site. Sans sa virtuosité, sa patience et son obstination, rien n’eût été possible. Pas même le début d’un commencement.