Qu’est-ce qu’un spéculateur ?

Publié dans : Articles Critique de l'économie Déc 10 2012

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En français, définitivement, le spéculateur n’est pas un brave type. Pourtant, il est vital que la spéculation s’introduise dans les marchés, pour que les risques soient pris et les aléas, couverts.

La spéculation est au cœur de la vie financière et boursière, et pourtant le mot même de spéculateur est couvert d’opprobre quand bien même, récemment encore, un responsable économique n’hésitait pas à prendre le parti de la spéculation. Courage ou inconscience, compétence ou détachement par rapport aux biens de ce monde ? Alors que partout dans tout le monde, dénoncer les spéculateurs est un sport auquel se sont adonnées toutes les autorités morales, philosophiques, religieuses et politiques au cours des siècles.

Le spéculateur sous l’ancien régime était un individu aussi peu recommandable qu’un accapareur. L’un était le complément de l’autre. L’accapareur de blé, organisait une rupture dans le niveau de l’offre pour faire monter les prix et réaliser de substantiels bénéfices sur les stocks qu’il avait préalablement constitués. Il pariait donc sur la hausse des prix et s’efforçait de la provoquer par son attitude. Le vrai accapareur dans l’imagerie populaire disposait d’abondantes liquidités, il s’en servait, (il en mésusait) en se portant acquéreur pendant les périodes d’abondance des produits et biens qui seraient facilement revendables et commodément stockables. Il étati censé créer une insuffisance sur le marché, un « shortage », déclenchant la hausse des prix.

Un vrai spéculateur est une personne qui vend ce qu’il n’a pas dans ses stocks et qui n’a aucunement envie de voir arriver ce qu’il a acheté ! Revenons à la vie de tous les jours et ouvrons les journaux :

Dans telle revue financière en date du 9.9.03 on pouvait lire: « Doublez la performance du métal jaune… avec 600% de gains potentiels à la clé ! L’or est actuellement à moins de 1000 $ l’once. Au rythme ou se développe la crise, il est bien parti pour atteindre 3 000 $ l’once. Un triplement de son cours ne nous étonnerait pas. Après la déflation, l’inflation ressurgira pour punir l’émission monétaire inconsidérée.
Dans ces conditions, spéculez avec un instrument à effet de levier sur l’or. »

Spéculez !!!! Ce slogan ! Dans un journal !!! Cachez ce sein….

Continuons, le Gouverneur de la BCE, ne déclarait-il pas en janvier 2009, reprit pas A de Tarlé, dans « petit manuel iconoclaste », JC. Lattés « la spéculation c’est la vie… le seul pays du monde qui avait réussi à interdire la spéculation c’était l’Union Soviétique ». Il avait raison, mais il faudrait cependant ajouter que la conception du spéculateur en Union Soviétique était singulièrement extensive !  Cela qualifiait toute personne qui achetait des biens et des services pour les revendre avec profit !!!.

Dans le monde financier, le spéculateur est cet individu sans lequel aucune opération « future », « à terme », « à découvert », « notionnelle » n’est possible. En d’autres termes, sans le spéculateur, les marchés financiers ressembleraient à s’y méprendre à une criée « j’ai, j’ai, j’ai… je prends, je prends, je prends » comme dans les histoires boursières vues au travers du prisme cinématographiques, depuis les grands films « sociaux » français des années trente, jusqu’aux bretelles ébouriffantes de Michael Douglas.

Lorsque, en Janvier, ce fermier qui veut assurer le prix de vente de sa récolte de juillet, va chercher un acheteur qui veut bien la prendre à prix ferme dans six mois… il ne fait pas appel nécessairement à un spéculateur…. Vraiment ? Il n’est pas spéculateur celui qui achète quelque chose qui n’existe pas encore ? Et, quelque chose qui n’existera peut-être jamais ? Les incidents météorologiques ont de ces effets pernicieux ! Mais bien sûr qu’il est spéculateur cet acheteur ! Il est pardonné parce que c’est son métier que d’acheter du blé. Il n’a pas vraiment spéculé. Il a acheté parce qu’il fallait qu’il achète.

Sauf si l’acheteur n’avait pas eu un instant l’intention de prendre en livraison le bon blé de notre fermier. S’il pensait que le blé allait beaucoup monter d’ici juillet, le mois de la récolte et que, peut-être, se serait une bonne affaire de trouver quelqu’un prêt à acheter plus cher le blé livrable en juillet…voilà le spéculateur…on l’a trouvé. C’est un monsieur qui ne regarde pas la marchandise qu’il traite. Elle ne l’intéresse pas ! Et la dernière chose dont il a envie c’est que la marchandise lui soit livrée. Ce qui intéresse le spéculateur ? C’est que les prix peuvent changer entre le moment où le contrat de vente est passé et le moment où la marchandise est livrée. La variation des prix peut être source de perte ou de gain, en tout cas, elle ne laisse pas cet acheteur « fictif » indifférent.

La spéculation en bourse, le spéculateur sur les marchés, est une personne dotée de capitaux qui est capable de prendre des positions à des échéances éloignées en envisageant leur dénouement bien avant que l’échéance soit atteinte. On devrait le qualifier d’investisseur car son objectif est de tirer le meilleur rendement des capitaux qu’il manipule, soit qu’il les détienne en propre, soit qu’il les détienne pour le compte de tiers, en gestion directe ou en gestion indirecte.

Dans tous les cas, le spéculateur est un preneur de risque, c’est en ce sens que dans notre exemple du fermier nous pouvions présenter ce dernier comme un professionnel, cherchant non pas à spéculer, mais à se couvrir contre les risques de baisse des prix à l’échéance. Ce fermier cherchait à se protéger. Son acheteur, qui intervient sans que son achat vise nécessairement la livraison de la marchandise, prend ce risque dont le fermier veut se défaire. C’est au spéculateur que reviendra la tâche de traiter ce risque, de le partager…. Ou de le repasser à quelqu’un d’autre…

Pascal Ordonneau

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